Paul Honvo est un artiste visuel autodidacte basé à Lyon. Il est classé à la 38e place des artistes visuels vivants les mieux cotés de France en 2024 selon l’indice officiel I-CAC. Une reconnaissance importante pour cet artiste qui s’est affranchi des circuits traditionnels de l’art.
Son style visuel, à la fois pop et cartoonesque, se distingue par des couleurs vives et une identité immédiatement reconnaissable. Derrière l’apparente légèreté, Paul Honvo interroge profondément la société : rapports de classes, individualisme, superficialité, lutte intérieure… rien n’est laissé au hasard dans ses toiles. Il combine humour grinçant, introspection et critique sociale.
Découvrons son univers et ses œuvres, notamment la dernière : Ascension.
Un parcours atypique
Paul Honvo n’a pas fait les Beaux-Arts, ni suivi de formation académique. Et c’est sans doute ce qui rend son parcours encore plus singulier. Originaire de Tours, passé par Lyon dès son plus jeune âge, puis par Bourg-en-Bresse pour ses études, Paul aurait pu rester sagement sur les rails de la science. Diplômé en biologie, technicien de laboratoire dans l’agroalimentaire, il a pourtant choisi un autre terrain d’expérimentation : l’art.
« Plus jeune, je créais des bandes dessinées. C’était un rêve, mais qui restait dans le cadre familial « .
Et pourtant, il se surprend à dessiner pendant les cours, puis pendant ses heures de travail… jusqu’à ce qu’il se jette à l’eau. C’est en 2018 que Paul décide d’oser : il ouvre un compte Instagram, publie ses dessins, connecte avec d’autres artistes. Il y a d’abord eu des collaborations, les échanges, puis la première vente. Paul comprend vite que percer dans l’art se provoque.
Selon lui, la triste réalité est que beaucoup d’artistes sortant des écoles d’arts ne réussissent pas à vivre de leur art car ils ne sont pas suffisamment connus. L’école apprend la technique et les codes, mais pas à se faire connaître, savoir se vendre, et aller provoquer des opportunités. La majorités des artistes n’ont pas ce côté entreprenant.
Il imagine alors des happenings devant les sièges des médias, expose dans la rue, souvent en lien avec l’actualité pour interpeller et intriguer avec son style. Peu à peu, Paul capte l’attention, se fait une place dans les paysages artistiques lyonnais et parisien. Certaines de ses œuvres sont repartagées par des personnalités comme Harry Roselmack ou François Hollande.
Art et engagement
Le style et la démarche de Paul Honvo
Paul définit son identité visuelle comme un mélange entre pop et street art, des bords marqués, gras, et des univers très colorés.
Il revendique une démarche libre, politique, et sensible. Il incarne une nouvelle génération d’artistes autodidactes, à l’intersection de l’engagement personnel et de l’expression artistique. Sa démarche est instinctive, souvent portée par l’actualité ou par des sujets intimes.
Depuis tout petit, ce sont les cartoons qui l’inspirent. Ce langage visuel, familier et accessible, lui permet de faire passer des messages forts sans heurter. En mêlant des couleurs vives et une esthétique joyeuse à des thématiques complexes (dérèglement climatique ou les conflits mondiaux). Il vise à interpeller sans choquer.
« Ce que j’aime à travers mon art, c’est que petits et grands puissent le regarder, que ce soit visuellement plaisant, mais qu’on en ressorte en ayant compris quelque chose. »
Comment est arrivé le personnage Moogy dans ses œuvres
Au centre de son univers graphique, un personnage : Moogy, un mouton stylisé, souvent désabusé, figure de l’individu conditionné, en quête de sens. Moogy incarne la solitude, l’absurdité moderne, mais aussi l’espoir.
Vers l’âge de 13 ans, il découvre au Musée d’Art Contemporain, l’artiste Keith Haring et aime sa manière de dessiner, son personnage répétitif dessiné aux bords gras. Il découvre aussi le travail de Birdy Kids à Lyon. Ces inspirations lui ont donné envie de créer ce personnage, un mouton stylé. « Et, avec le temps Moogy a évolué, aujourd’hui je me sers du fait que ce soit un mouton, pour dénoncer. »
Retour sur ses derniers projets
À propos de « Folie sacrée » et la représentation des femmes, cette œuvre susciterai de nombreuses interprétations. J’ai demandé à Paul de clarifier son intention.
« Je critique la société, autant du point de vue des femmes que des hommes. Je dénonce la sacralisation du corps féminin, souvent réduit à un objet. Mais je parle aussi de celles qui, parfois, jouent le jeu, inconsciemment ou non. »
Il s’interroge sur la manière dont l’image de la femme est construite, utilisée, détournée. Une œuvre qui provoque le dialogue autant qu’elle invite à l’introspection.
Ascension, une œuvre d’envergure entre hommage et critique sociale :
Sa dernière création, « Ascension », marque une étape dans sa pratique : grand format sur toile de coton, matériaux mixtes, et symbolique puissante. C’est une pièce imposante, tant par ses dimensions que son sens. Peinture au Posca, collages d’articles (dont un qui le concerne), photocopies de BD, mais aussi éléments précieux : des billets de banque, des feuilles d’or, deux pièces en or véritable intégrées à l’œuvre en temps réel lors d’une conférence de presse. « Elles suivent le cours de l’or, j’y ai mis environ 6000 € d’or pur. »
Aussi, dans les yeux du personnage central, il a intégré deux capsules en relief. Le tout protégé par une résine époxy qui fait ressortir les couleurs.

Œuvre post happening presse, avec les pièces d’or ajoutées dans les yeux du troisième protagoniste.
Le message, lui, est double. Il rend hommage à ceux qui partent de rien et gravissent les échelons de la réussite. Il représente en partie aussi son propre parcours.
« On peut voir dans le fond tout ce qu’on traverse pour y arriver. »
En parallèle, Paul propose une critique du rêve de grandeur à tout prix. À la fin du tableau, le dernier personnage devient fou, il n’est plus dans notre monde… une ascension qui vire à la chute.
Paul aimerait aujourd’hui exposer cette œuvre dans des lieux d’exception.
Je pense au Ritz, au Carlton, ou même à une vente aux enchères.
INTERVIEW Questions – Réponses avec Paul Honvo
Qui vous inspire ?
À Lyon , il y a le travail de Birdy Kids, Toki Art, les gélules. Les États Unis. J’ai exploré l’art à Los Angeles, j’y ai appris des nouvelles techniques, comme avec la résine epoxy, j’y ai découvert Jeff Koons et Alec Monopoly !
Quels sont les thèmes que vous souhaitez explorer dans vos futures œuvres ? Comment voyez-vous l’évolution de votre art dans les prochaines années ?
Je prépare une exposition sur Paris en indépendant. Je continue sur le thème de l’argent, la dénonce des côtés négatifs du capitalisme, etc…
D’ailleurs, certaines personnes pensent que je fait l’apologie du capitalisme, ce n’est pas le cas.
Quels conseils donneriez-vous aux jeunes artistes qui souhaitent se faire une place dans le monde de l’art contemporain ?
Un seul : ne pas se contenter de créer, aller chercher les choses, provoquer sa chance, démarcher des clients, ça rate une fois sur dix, mais il faut continuer. Il faut avoir une grande force mentale, créer ne suffit pas !
Quelle est votre journée type ?
Je suis en pleine promotion de mes œuvres, donc je fais pas mal d’interviews. Sinon je dessine, je remets les commandes de mes clients, je m’occupe de ma galerie en ligne, je démarchage des galeries.
Enfin, si vous pouviez collaborer avec un autre artiste, vivant ou décédé, qui choisiriez-vous et pourquoi ?
Ce serait avec Jeff Koons, plasticien et sculpteur américain. Et bien sûr avec Alec Monopoly, il questionne les codes du luxe et du banal, j’aime aussi son univers cartoon. Cette rencontre entre ces deux mondes, c’est ce que j’ai essayé de faire dans « Ascension » avec 6000€ d’or !
Vous êtes classé 38è, parmi les artistes visuels vivants les mieux cotés de France en 2024. Expliquez nous ce que ça veut dire ?
L’I-CAC est un indice de cotation pour artistes peintres professionnels, c’est un classement reconnu. Il se focalise sur la notoriété, la technique artistique, le prix et nombre de vente d’œuvres. C’est une forme de cote, on est classé après soumission d’un dossier (top 50 des artistes ici). On peut y trouver d’autres artiste comme Claire Tabouret (qui a fait le design des vitraux de la Cathédrale Notre-Dame de Paris).
Vos œuvres se vendent jusqu’à 10 000 euros. Comment gérez-vous l’aspect commercial de votre art tout en restant fidèle à vos convictions ?
Je peins par plaisir et conviction, j’espère que cela va durer le plus longtemps possible. C’est vrai que lorsqu’on a beaucoup de succès, c’est très compliqué de rester fidèle à cela. Quand ça marche, ça donne envie de faire des reproductions.
Paul Honvo, où voir son travail ?
Le suivre sur les réseaux : Instagram
Sur son site en ligne – Sa galerie d’œuvres.
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