Et si l’un des pays le plus fermé du monde se révélait sous la lumière des flashs de Stéphan Gladieu ? Troublante et profondément humaine, l’expérience de cette exposition photographique est un face-à-face assez saisissant avec les habitants de Pyongyang. Embarquez dans la Petite Galerie du musée des Confluences à Lyon, jusqu’au 2 janvier 2028 pour découvrir l’exposition temporaire « Corée du Nord ».
Stéphan Gladieu, un photographe de terrain
Stéphan Gladieu est un photographe français autodidacte qui a débuté sa carrière à 20 ans, en 1989. Pendant de nombreuses années, il a été photojournaliste et a parcouru la planète pour couvrir des conflits armés et de grands sujets de société. Au fil du temps, il a développé un style documentaire plus personnel, centré sur le portrait et l’étude des sociétés fermées. Son idée est d’interroger le rapport étroit entre identité individuelle, apparence et stéréotypes collectifs.
Pourquoi et comment est née cette exposition ?
Durant la visite, je me suis demandée si Stéphan Gladieu a réalisé ce reportage pour une commande d’un média par exemple ? Il s’agit en réalité d’une démarche personnelle d’auteur née d’une fascination de plus de 15 ans pour ce pays inaccessible. Après de multiples tentatives infructueuses, c’est grâce à une rencontre avec des représentants nord-coréens en France qu’il a pu obtenir les autorisations officielles du régime pour réaliser son projet. Entre 2017 et 2020, il s’est donc rendu cinq fois en Corée du Nord pour réaliser la quarantaine de clichés qu’il présente ici.
Pour le musée des Confluences, exposer ce travail s’inscrit dans sa mission d’éclairer les grands enjeux contemporains, les sociétés de notre monde et de nous faire voyager aussi au-delà des idées reçues. Ce parcours propose de décrypter la complexité de l’être humain au sein d’une dictature totalitaire.
L’audace du flash studio pour un reportage sur le terrain
Dans le reportage photographique, en général on voyage léger, et on photographe en lumière naturelle. J’ai tout de suite repéré la technique utilisée par le photographe, un choix audacieux et exigeant. Stéphan Gladieu a transporté son propre matériel d’éclairage et a installé un studio mobile sur place pour chaque photo.
💡 Ne passez pas à côté. En illuminant parfaitement ses sujets et les lieux photographiés, le photographe a créé une esthétique ultra-léchée, saturée en couleurs, presque « théâtrale » ou publicitaire. Cela illustre parfaitement le côté propagande dans le pays.
D’un côté, ce procédé très professionnel a rassuré les censeurs et guides nord-coréens. En effet, pour eux, cette technique correspond au standard de perfection visuelle et à la recherche de l’image de propagande qu’ils souhaitaient projeter de leur pays. Et d’un autre côté, c’est ainsi qu’à l’intérieur de ce cadre rigide, Stéphan Gladieu a réussi à créer son espace de liberté artistique et les messages qu’il voulait transmettre avec ce reportage.
Ce qui marque lors de la visite de l’exposition « Corée du Nord »
J’ai adoré la scénographie imaginée par Marion Lyonnais : des murs colorés reprennent les teintes de l’architecture politique de Pyongyang et contrastent avec l’immobilité des personnages.
La disposition au centre de l’exposition propose des panneaux avec des photos XXL au recto, tandis qu’au verso, un dispositif sonore permet de lire et d’écouter le photographe raconter les coulisses surprenantes de chaque cliché. On peut découvrir des anecdotes, comme lorsqu’il a qualifié deux gardiennes de stand de tir, dû à leur pose, de « James Bond Girls ». Une référence culturelle totale inconnu pour son guide local !
Le règne de l’uniformité et de l’oppression.
Au fil des tirages, le ressenti d’oppression est indéniable : visages impassibles, pas ou peu de sourires. La fierté nationaliste s’exprime avec rigidité et distance, des vêtements uniformes (en vinalon, une fibre synthétique nationale fabriquée à partir de charbon que le photographe annonce souvent dans ses légendes).
Le culte des dirigeants suprême (la dynastie des Kim) est omniprésent à travers les badges obligatoires, illustrant Kim Il-sung, Kim Jong-il, portés sur la poitrine.
On découvre une société, sa hiérarchie et les injustices visibles qui vont avec. Une société codifiée où par exemple les emplois de représentation (hôtesses, policières de la circulation) sont réservés aux femmes répondant aux critères de beauté du régime.
Des photographiques qui ont une esthétique exceptionnelle, tout en mettant en avant ce choc politique qu’est celui de la Corée du Nord. Un reportage poignant de femmes, d’hommes et même d’enfants, qui d’habitude sont invisibilisés derrière le collectif.
Infos Pratiques – Exposition « Corée du Nord » à Lyon
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Adresse : Musée des Confluences, 86 Quai Perrache, Lyon 2.
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Dates : Du 12 juin 2026 au 2 janvier 2028.
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Horaires : Du mardi au dimanche de 10h30 à 18h30 (Nocturne le 1er jeudi du mois jusqu’à 22h).
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Tarifs : 12 € (plein tarif), Gratuit pour les moins de 18 ans et les étudiants de moins de 26 ans.
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Accès : Tram T1 ou T2 (Arrêt Musée des Confluences)






